La rupture conventionnelle offre une liberté totale dans la négociation de la date de départ, contrairement aux autres modes de rupture du contrat de travail. Cette flexibilité permet aux salariés et employeurs de convenir ensemble du moment le plus opportun pour mettre fin à la relation professionnelle, en tenant compte des contraintes de chacun.
Le principe de libre négociation de la date de départ
La rupture conventionnelle se distingue des autres modes de fin de contrat par la liberté qu’elle offre aux deux parties dans la détermination de la date de départ. Contrairement au licenciement, où l’employeur fixe unilatéralement la fin du contrat après respect du préavis légal, ou à la démission, où le salarié doit généralement effectuer son préavis, ce dispositif repose sur un principe de négociation bilatérale.
Une flexibilité totale dans la fixation de la date
La date de fin du contrat de travail résulte d’une négociation libre entre l’employeur et le salarié. Les parties peuvent choisir une date immédiate ou différée de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Cette souplesse permet d’adapter la rupture aux besoins respectifs des deux parties, en tenant compte des projets professionnels du salarié et des nécessités opérationnelles de l’entreprise. Il n’existe pas de préavis légal imposé, mais les parties peuvent convenir d’une période de travail après la signature de la convention si elles le souhaitent, cette durée étant simplement négociée et non imposée par la loi.
Des avantages mutuels appréciables
Pour le salarié, cette liberté de négociation offre la possibilité d’organiser sereinement sa transition professionnelle. Il peut ainsi :
- Coordonner la fin de son contrat avec le début d’un nouveau poste
- Se ménager une période de recherche d’emploi ou de formation
- Anticiper des contraintes personnelles ou familiales
- Finaliser des dossiers en cours pour partir dans de bonnes conditions
L’employeur bénéficie également de cette flexibilité pour planifier efficacement le remplacement du salarié partant, organiser la transmission des compétences ou réajuster les effectifs selon les besoins de l’activité.
Les contraintes légales et délais à respecter
La rupture conventionnelle, bien qu’elle repose sur un accord mutuel entre l’employeur et le salarié, demeure soumise à un cadre juridique strict qui impose plusieurs contraintes temporelles obligatoires. Ces délais, définis par le Code du travail, garantissent la protection des deux parties et la validité juridique de la procédure.
Le délai de rétractation : une période de réflexion incompressible
Conformément à l’article L. 1237-13 du Code du travail, chaque partie dispose d’un délai de rétractation de 15 jours calendaires à compter de la signature de la convention de rupture. Ce délai permet à l’employeur comme au salarié de revenir sur leur engagement sans avoir à justifier leur décision ni à s’exposer à des conséquences juridiques. Durant cette période, toute rétractation s’effectue par lettre recommandée avec accusé de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge.
Ce délai de rétractation présente un caractère d’ordre public : il ne peut être ni réduit ni supprimé, même avec l’accord des deux parties. La Circulaire DGT du 22 juillet 2008 rappelle expressément cette règle impérative qui constitue une garantie fondamentale pour les salariés.
Le processus d’homologation par la Direccte
Une fois le délai de rétractation expiré sans qu’aucune des parties ne se soit manifestée, la convention de rupture doit être transmise à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) pour homologation. Selon les articles L. 1237-14 et R. 1237-1 du Code du travail, l’administration dispose d’un délai de 15 jours ouvrables pour se prononcer sur la demande d’homologation. En l’absence de réponse dans ce délai, l’homologation est considérée comme acquise.
Pour les salariés protégés (délégués syndicaux, membres du CSE, etc.), ce délai est réduit à 11 jours ouvrables conformément à l’article R. 1237-3-1 du Code du travail. Durant cette période, la Direccte vérifie que la procédure a été respectée et que le consentement des parties est libre et éclairé.
Les implications sur la date de départ effective
Ces contraintes temporelles influencent directement la date de départ du salarié. En pratique, la rupture du contrat de travail ne peut intervenir avant l’expiration du délai de rétractation, soit au minimum 15 jours calendaires après la signature de la convention. Si l’on ajoute le délai d’instruction de la Direccte, la date de départ effective se situe généralement entre 30 et 45 jours après la signature initiale de la convention de rupture.
Cette contrainte doit être anticipée lors de la négociation de la date de départ entre l’employeur et le salarié, car elle impose un délai incompressible entre la signature de la convention et la fin effective du contrat de travail.

La gestion du préavis dans la rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle se distingue des autres modes de rupture du contrat de travail par sa souplesse concernant la gestion du préavis. Contrairement à la démission ou au licenciement où l’exécution d’un préavis est généralement imposée par le Code du travail ou la convention collective, la rupture conventionnelle offre aux parties une liberté dans l’organisation de cette période transitoire.
La liberté contractuelle des parties sur le préavis
Dans le cadre d’une rupture conventionnelle, l’employeur et le salarié peuvent négocier librement les modalités de départ. Cette flexibilité constitue l’un des atouts de ce dispositif, permettant d’adapter la transition aux besoins respectifs des deux parties.
Les parties peuvent ainsi décider de plusieurs configurations :
- Une dispense totale de préavis avec départ immédiat après homologation
- Le maintien d’une période de préavis pour assurer la passation des dossiers
- Une dispense partielle avec rémunération compensatoire
- Un préavis réduit par rapport aux durées conventionnelles habituelles
Les conséquences financières du choix effectué
La décision prise concernant le préavis influence directement la rémunération perçue par le salarié. Lorsque les parties conviennent d’une dispense de préavis, plusieurs options peuvent être envisagées. Le salarié peut percevoir une indemnité compensatrice de préavis équivalente à la rémunération qu’il aurait perçue durant cette période. La dispense peut également être négociée sans compensation financière, auquel cas l’indemnité de rupture conventionnelle sera généralement majorée. Un arrangement hybride peut aussi prévoir une compensation partielle.
Si le préavis est maintenu, le salarié continue de percevoir sa rémunération habituelle durant toute la période, ce qui assure la continuité de ses revenus jusqu’à la date de départ effective. Cette option présente l’avantage de garantir une transition en douceur tant pour l’entreprise que pour le salarié, qui dispose ainsi du temps nécessaire pour préparer son départ et rechercher un nouvel emploi.

Les indemnités et leur calcul selon la date choisie
La date de départ négociée dans le cadre d’une rupture conventionnelle exerce une influence directe sur le montant des indemnités perçues par le salarié. Au-delà du plancher réglementaire, les parties disposent d’une marge de négociation pour fixer le montant de l’indemnité.
Les paramètres de calcul influencés par la date de départ
L’ancienneté constitue le premier élément déterminant dans le calcul de l’indemnité. Elle se mesure jusqu’à la date effective de rupture du contrat de travail. Un report de quelques semaines peut permettre au salarié de franchir un palier d’ancienneté et d’améliorer sensiblement le montant de son indemnité. Le calcul s’effectue selon les modalités suivantes :
- 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les 10 premières années
- 1/3 de mois de salaire par année d’ancienneté au-delà de 10 ans
La détermination du salaire de référence
Le salaire pris en compte pour le calcul repose sur la formule la plus favorable entre deux options : la moyenne des 12 derniers mois précédant la notification de la rupture, ou la moyenne des 3 derniers mois avec réintégration proportionnelle des primes annuelles. La date de départ retenue modifie ces périodes de référence et peut inclure ou exclure certains éléments de rémunération variables comme les primes, les commissions ou les gratifications exceptionnelles.
Le régime fiscal et social avantageux
Les indemnités versées dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective bénéficient d’une exonération partielle de cotisations sociales dans la limite de 2 PASS, soit 82 272 € en 2020. Cette limite représente un plafond significatif qui place la rupture conventionnelle collective dans une position favorable par rapport à d’autres modes de rupture. Sur le plan fiscal, l’indemnité est également exonérée d’impôt sur le revenu dans certaines limites, renforçant l’attractivité financière de ce dispositif pour les salariés qui négocient leur départ.
CE Expertises : l’accompagnement expert dans les négociations de rupture conventionnelle
CE Expertises : l’accompagnement expert dans les plans de sauvegarde de l’emploi
Dans le cadre des projets de licenciement pour motif économique concernant au moins 10 salariés, CE Expertises intervient auprès des comités sociaux et économiques et des représentants du personnel. Cette structure spécialisée réalise des expertises lors de l’analyse des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) et de leurs répercussions sur les conditions de travail et l’emploi des salariés.
L’expertise de CE Expertises repose sur sa capacité à décrypter les enjeux économiques et sociaux des plans de restructuration. Les experts-comptables mandatés par les CSE bénéficient d’une méthodologie éprouvée pour évaluer la pertinence des mesures proposées par les directions. Cette analyse comprend notamment :
- L’examen des critères de sélection des salariés concernés par les licenciements économiques
- La vérification de la cohérence entre les motifs économiques invoqués et les mesures proposées
- L’évaluation des indemnités de départ et leur conformité avec les dispositions légales
- L’analyse des impacts sur l’organisation du travail et les charges de travail des salariés restants
L’approche conseil développée par CE Expertises permet aux représentants du personnel de négocier les meilleures conditions pour les salariés concernés. Cette démarche s’appuie sur une connaissance approfondie du droit du travail et des stratégies d’optimisation des coûts sociaux déployées par les directions d’entreprise. Les experts accompagnent les instances représentatives dans la formulation de propositions alternatives et la construction d’arguments solides lors des séances de négociation, garantissant ainsi une protection renforcée des intérêts des salariés tout au long du processus.

L’essentiel à retenir sur le choix de la date de départ en rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle révolutionne la gestion des fins de contrat en accordant une liberté totale sur la date de départ, sous réserve du respect des délais légaux. Cette souplesse transforme les relations sociales en entreprise et pourrait inspirer de futures réformes du droit du travail, notamment dans un contexte de digitalisation croissante du monde professionnel.